Acheter ou louer ? Le dilemme de Marlène et son Ragdoll
Il est 22h47 quand mon amie referme son ordi.
Encore une soirée à scroller des annonces immo.
Encore une soirée à se demander si elle doit « enfin sauter le pas ».
Elle a 33 ans.
Un bon salaire.
Une situation stable.
Et malgré ça, elle n’arrive pas à répondre à cette question que tout le monde lui pose depuis des années :
« Alors, t’achètes quand ? »
Je la regarde, et je vois ce mélange de pression sociale, de peur de se tromper et d’envie d’avancer.
Son histoire ressemble à celle de tellement de gens que je connais.
Alors je me pose avec elle.
Je l’écoute.
Je la regarde chercher sa propre réponse, pas celle qu’on attend d’elle.
Elle a grandi dans une famille où devenir propriétaire est presque synonyme de réussite.
Son père lui dit encore :
« Louer, c’est jeter l’argent par les fenêtres. »
Alors pendant longtemps, elle y a cru.
Jusqu’au moment où elle commence à réaliser que sa vie n’a plus rien à voir avec celle de ses parents.
Les carrières ne sont plus linéaires.
Les couples ne durent pas toujours.
Les villes sont des étapes.
Et les prix… n’en parlons même pas.
Pourtant, malgré tout ça, elle aime l’idée d’avoir un endroit à elle.
Quand elle en parle, je vois une petite étincelle dans ses yeux.
Elle imagine une cuisine refaite à son goût.
Un jardin pour Roigebrageldi, son Ragdoll aux yeux bleus.
Un tableau accroché sans demander l’autorisation.
Un lieu à elle, un vrai refuge.
Elle aime aussi l’idée de construire quelque chose pour plus tard :
du patrimoine, de la sécurité, une base.
Mais un soir, elle ouvre une simulation d’achat.
Elle avait trouvé un appartement qu’elle adorait.
Et là, la réalité s’invite brutalement :
Les frais de notaire.
Les frais bancaires.
La taxe foncière.
Les travaux.
Les normes énergétiques.
Les charges de copro.
Les imprévus.
Elle me dit, un peu sonnée :
« C’est pas juste remplacer un loyer par une mensualité… »
Et d’un coup, l’achat prend une tout autre dimension.
Ce n’est plus un rêve doux et rassurant.
C’est un engagement.
Long.
Massif.
Pénible.
Bien plus lourd que ce que les repas de famille laissent croire.
Alors elle commence à regarder la location autrement.
Là où elle voyait une faiblesse, elle commence à voir une liberté.
Louer lui donne la possibilité de changer de ville du jour au lendemain.
De saisir une opportunité sans devoir vendre un bien.
De tester un nouveau quartier.
De changer de vie.
De changer de cap.
Et surtout, louer, c’est échapper à tous ces frais annexes qui apparaissent dès qu’on signe pour devenir propriétaire.
Elle garde son argent.
Elle peut investir ailleurs.
Le faire fructifier.
Construire autrement.
Un soir, elle pose sa tasse de thé macaron cassis violette et me dit :
« Je crois que louer ou acheter, c’est pas un choix financier. C’est un choix de vie. »
Et je sens qu’elle le pense vraiment.
Que ça lui enlève un poids.
Parce qu’au fond, la vraie question n’est pas :
« Est-ce que je suis assez adulte pour acheter ? »
Mais :
« Est-ce que ma vie d’aujourd’hui est compatible avec un achat ? »
Si elle reste deux ou trois ans ici, acheter n’a aucun sens.
Si elle veut fonder une famille dans un quartier précis, ça peut être malin.
Si elle n’a pas d’apport, louer est plus raisonnable.
Et si elle investit ailleurs intelligemment, elle peut parfois faire mieux que la pierre.
Alors mon amie prend sa décision.
Elle décide de ne pas acheter.
Pas maintenant.
Elle a encore envie de bouger.
De voyager.
De changer de ville.
D’explorer.
De lancer un projet.
De respirer.
Louer lui offre tout ça.
De la flexibilité.
De la légèreté.
Du mouvement.
Elle ne renonce pas à l’achat.
Elle choisit juste de le faire au bon moment, quand sa vie, elle, sera prête.
Et je crois que c’est ça, la vraie leçon :
il n’y a pas de réponse universelle.
Il n’y a que la réponse qui colle à ce qu’elle vit, maintenant.
Acheter apporte de la stabilité.
Louer apporte de la liberté.
Les deux sont valables.
Les deux peuvent être intelligents.
Les deux dépendent de qui on est, de ce qu’on veut, et de ce qu’on vit aujourd’hui.
Et parfois, la meilleure décision n’est pas « acheter maintenant »,
mais acheter plus tard, quand la vie s’aligne enfin.
