Immobilier, dette et réalité : ce que j’ai compris autour d’un brunch

Romain Cayrol

12/19/20253 min read

La discussion commence simplement.
Un brunch.
Un café allongé.

Un ami.
La soixantaine.
Une vie stable.
Un patrimoine construit.

Il me parle d’avenir.
De sécurité.
Et très vite, de la pierre.

« Investis dans l’immobilier.
C’est du tangible.
Ça, au moins, ça existe. »

Je l’écoute.
Je ne coupe pas.
Parce que je comprends.

Il a grandi dans une autre France.
Une France plus prévisible.
Moins endettée.
Moins instable.

À son époque, acheter était presque une formalité.
Un emploi stable.
Un crédit accessible.
Des prix cohérents.

L’immobilier n’était pas un risque.
C’était une assurance.

Chaque bien acheté était un pas de plus.
Vers la sécurité.
Vers la transmission.

Mais quand il me donne ce conseil,
je sens le décalage.

Parce que je n’ai pas grandi dans ce monde-là.

Ma génération.
Les Millennials.
Et derrière nous, la Gen Z.

Nous avons grandi avec les crises.
2008.
La dette.
La pandémie.
L’inflation.

Nous avons vu l’État s’endetter.
Encore.
Et encore.

La France vit à crédit.
Pas ponctuellement.
Structurellement.

Une dette publique massive.
Qui dépasse ce que beaucoup peuvent imaginer.
Et qui continue de croître.

Et dans un pays très endetté,
tout devient politique.

Les taux.
Les impôts.
Le logement.

L’immobilier n’est plus seulement un marché.
C’est un pilier du système.

Les ménages y ont placé l’essentiel de leur épargne.
Les banques y ont concentré leurs prêts.
L’État y prélève taxes, droits, impôts.

Tout converge vers la pierre.

Quand tout repose sur le même actif,
le risque devient systémique.

Les banques françaises prêtent surtout pour l’immobilier.
Sur 20.
25 ans.
Parfois plus.

Avec peu de marge.
Et beaucoup de volume.

Tant que les prix montent,
le système tient.

Mais quand les prix stagnent,
la mécanique ralentit.

Et quand les prix baissent,
même lentement,
tout le monde retient son souffle.

Aujourd’hui, le marché se fige.
Les transactions chutent.
Les acheteurs attendent.
Les vendeurs espèrent.

Un marché bloqué est dangereux.
Parce qu’il empêche l’ajustement.

Les jeunes n’achètent plus.
Ou trop tard.
Ou trop cher.

Ils n’ont pas l’apport.
Pas la visibilité.
Pas l’envie de s’engager pour 25 ans.

Pendant ce temps,
les générations précédentes comptaient sur l’immobilier.
Pour sécuriser leur retraite.
Pour transmettre.

Mais que se passe-t-il
si la génération suivante ne peut plus acheter ?

La valeur devient théorique.
Le patrimoine devient illiquide.

Un bien ne vaut que
ce que quelqu’un peut payer.

Et là, le fossé se creuse.

Quand je lui réponds,
je le fais calmement.

« C’est ta perception.
Parce que c’est la seule que tu as connue. »

Ma génération n’a pas grandi avec un seul outil.
Nous en avons plusieurs.

Brokers en ligne.
ETF.
Actions mondiales.
Immobilier fractionné.
Cryptomonnaies.

Nous avons accès aux marchés globaux.
Instantanément.
Avec peu de capital.

Nous privilégions la liquidité.
La diversification.
La mobilité.

Parce que notre monde est mobile.

Télétravail.
Frontières ouvertes.
Carrières non linéaires.

L’immobilier traditionnel demande l’inverse.
Rester.
S’ancrer.
S’endetter longtemps.

La Gen Z ne rejette pas la pierre.
Elle rejette l’enfermement.

Elle veut choisir.
Entrer.
Sortir.

C’est pour ça que l’immobilier évolue.

Moins de résidence principale.
Plus de location.
Plus de coliving.
Plus d’usage que de possession.

Même l’investissement change de forme.

SCPI.
Crowdfunding.
Fractionné.
Tokenisé.

Investir sans immobiliser.
Sans dépendre d’un seul bien.
Sans risquer tout sur un actif.

Parce que dans un pays très endetté,
avec un système concentré sur la pierre,
la prudence devient stratégique.

L’avenir de l’immobilier en France
ne sera pas une disparition.
Mais une mutation.

Moins de certitudes.
Plus d’arbitrages.

Moins de dogmes.
Plus de lucidité.

Quand la discussion se termine,
mon ami reste silencieux.

Il ne renie pas son parcours.
Et moi, je ne renie pas le mien.

Deux générations.
Deux réalités.

Mais une vérité s’impose.

L’immobilier n’est plus un refuge automatique.
C’est un actif parmi d’autres.
Dans un système fragile.