Pourquoi on n’a pas acheté à Montpellier… ni à Toulouse
Au début, tout paraissait clair.
Presque évident.
Ma chérie me parlait souvent de Montpellier.
Elle y avait vécu.
Elle aimait cette ville.
Elle connaissait les rues, les cafés, les quartiers où on se sent bien.
Pour elle, c’était naturel de vouloir y investir.
Moi, de mon côté, je pensais à Toulouse.
Ma ville.
Mes repères.
Les souvenirs.
Les années passées là-bas.
C’était logique d’y voir une opportunité.
On se disait qu’on pouvait avancer ensemble.
Chacun un bien.
Chacun un crédit.
Un double projet qui nous ferait grandir.
Puis on a trouvé cette société clé en main.
Et là… tout est devenu encore plus simple.
Ils faisaient tout.
La chasse au bien.
Les plans.
Les travaux.
La rénovation complète.
La mise en location.
La gestion.
On signait les papiers.
Ils livraient un bien tout prêt.
Comme un service “all inclusive”.
Ça enlève le stress.
Ça enlève les problèmes.
Et ça donne l’impression d’être investisseur sans se compliquer la vie.
Et derrière tout ça, il y avait une stratégie.
On empruntait en euro.
On laissait l’inflation faire son travail.
La dette perdait de la valeur.
Le bien restait à peu près stable.
Une forme de protection.
Une manière subtile de “parier contre l’euro”.
Sans spéculer.
Juste en utilisant les règles du système.
Sur le papier, c’était parfait.
Rien ne nous arrêtait.
Mais plus le projet avançait,
plus une petite voix dans ma tête me disait de ralentir.
Je regardais la situation.
Pas seulement nos villes.
Pas seulement nos envies.
Je regardais la France entière.
Et ce qui arrivait.
Ce qui se préparait.
Ce qui n’était pas encore visible… mais déjà en mouvement.
Un soir, j’ai dit à ma chérie :
“Je crois qu’on doit parler du marché.”
Elle m’a regardé, un peu surprise.
Elle m’a dit :
“Qu’est-ce qu’il y a ?”
Alors j’ai pris mon temps.
Parce que je savais que ça allait être long.
Et que je devais rester simple.
“Je pense que le marché est fragile.”
Elle n’a pas compris tout de suite.
Elle m’a répondu comme tout le monde le ferait :
“L’immobilier, ça baisse rarement.
Et Montpellier… c’est une ville qui attire.
Toulouse aussi.
Ce sont de bons endroits.”
C’était vrai.
Mais ce n’était pas suffisant.
Alors j’ai expliqué.
Pas avec des graphiques.
Pas avec des mots compliqués.
Juste avec du bon sens.
“Le problème, c’est la génération des baby-boomers.”
Je lui ai dit qui ils étaient.
Une génération massive.
Nombreuse.
Propriétaire.
Très propriétaire.
Des millions de biens.
Partout en France.
Dans les grandes villes, les petites villes, les villages.
Et tous ces biens… un jour, ils changent de mains.
Et ce jour, c’est maintenant.
Les années qui viennent vont être un immense transfert.
Le plus grand transfert patrimonial de notre histoire.
“Mais c’est pas ça le plus important”, je lui ai dit.
Le plus important, c’est ce que font les héritiers.
Les enfants qui reçoivent ces maisons, ces apparts…
Ils ne les gardent plus.
Ils vendent.
Presque tous.
Parce que la maison est trop loin.
Parce qu’ils vivent à Paris, Marseille, Lyon.
Parce qu’ils n’ont pas envie de gérer un héritage à 300 bornes.
Parce qu’ils préfèrent du cash immédiat.
Parce qu’ils ne veulent pas s’occuper d’un toit, d’un jardin, d’une chaudière.
La mentalité a changé.
Vraiment.
Avant, on gardait “la maison de famille”.
Maintenant, on liquide l’actif.
On allège sa vie.
On va vite.
Et quand tout le monde veut vendre…
Et que ça arrive massivement…
Les prix ne résistent pas longtemps.
Je lui ai donné un exemple simple.
“Imagine Montpellier.
Imagine Toulouse.
Et imagine des milliers de biens qui arrivent sur le marché dans 5 à 10 ans.”
C’est ce qui se passe.
C’est automatique.
C’est démographique.
C’est mécanique.
Puis j’ai continué.
“Et ça, c’est que la démographie.
On n’a même pas parlé de l’économie.”
Alors je lui ai parlé de la macro.
Les taux qui montent.
Les banques qui deviennent strictes.
Les ménages qui n’arrivent plus à emprunter.
Les salaires qui ne suivent pas.
Les coûts d’entretien qui explosent.
L’énergie qui continue d’augmenter.
L’incertitude.
Tout ça mis ensemble…
Ça pèse.
Ça freine.
Ça fatigue le marché.
Et quand un marché est fatigué,
quand les acheteurs sont plus rares,
et que les vendeurs sont plus nombreux,
les prix…
glissent.
Doucement.
Puis plus franchement.
Puis durablement.
Je lui ai dit ça calmement.
Sans dramatiser.
Sans faire peur.
Je voulais juste qu’elle comprenne.
Au bout d’un long silence,
je lui ai dit :
“Je pense que c’est pas le moment pour nous d’acheter en France.
Ni à Montpellier.
Ni à Toulouse.
Pas maintenant.
Pas dans ce cycle-là.”
Elle m’a regardé.
Longtemps.
Puis elle a dit :
“Ok. On attend.”
Et j’ai su qu’on venait de prendre une bonne décision.
Pas parce que ces villes sont mauvaises.
Mais parce que le cycle change.
Parce que l’immobilier français entre dans une autre phase.
Une phase plus lente.
Plus lourde.
Plus vendeuse que preneuse.
Parfois, le meilleur choix n’est pas d’agir.
C’est d’observer.
Comprendre le mouvement.
Et rester liquide.
On n’a rien acheté.
Et avec le recul…
je suis heureux qu’on ait écouté cette intuition.
Le futur n’est plus le passé.
Et l’immobilier non plus.
